“L’épidémie est en train de se terminer” — Professeur Didier Raoult

Dans cette nouvelle entrevue, le Professeur Didier Raoult de l’IHU de Marseille parle notamment de l’évolution de la pandémie, qui selon lui tire à sa fin à Marseille, du besoin de traiter les gens malades, de l’inefficacité de la réponse gouvernementale, de l’inefficacité du lopinavir et du remdesivir, contrairement à l’hydroxychloroquine, et de la problématique des fibroses pulmonaires non diagnostiquées.

Q: Professeur Didier Raoult, comme toutes les semaines, la première question sera: où en est-on avec l’épidémie?

Nous ici à Marseille on voit qu’elle est en train de disparaître avec un seul cas hier détecté, malgré le fait qu’on ait testé plus de 1200 cas. Donc on voit bien que les choses sont en train de s’arrêter. La forme ici à une courbe en cloche. Cette cloche à marseille peut-être du

fait que nous avons systématiquement diagnostiqué, traité les gens. On sait que le traitement diminue la durée du portage viral. La cloche a duré en moyenne la moitié moins que ce que l’on voit dans la plupart des pays. 

La France et l’Italie ont une durée moyenne qui est plutôt plus longue que celle de la moitié des pays. Enfin elles ont la même tendance et on voit que un peu partout les choses sont en train de s’arrêter, qu’il s’agisse des cas détectés – à condition de savoir ou non si on a tous les cas détectés – et les cas hospitalisés et en réanimation. Les morts, ce sera un peu plus long parce que malheureusement il restera quelques morts qui sont actuellement en réanimation, qui vont apparaître, et on voit que cet épisode là est en train de se résoudre et qu’il n’y a nulle par une deuxième vague ou de dos de chameaux. 

C’est la courbe banale, et il y aura quelques cas sporadiques qui apparaîtront ici ou là éventuellement, s’il y a quelqu’un qui est super contagieux,  il y aura quelques cas autour de lui mais tout ça ne traduit plus une dynamique épidémique.  

L’épidémie est en train de se terminer.

Q: Concernant les choix thérapeutiques qui peuvent être faits, qu’est-ce qui peut éclairer les actions à mener?

Déjà ce qu’on voit c’est que, dans le temps une épidémie comme celle là, il ya des choses qui ne faut pas oublier. En particulier c’est une épidémie avec un virus qu’on ne connaît pas, qu’on ne connaissait pas. Donc la plupart des spéculations qu’on avait faîtes sur ce virus étaient fausses. C’est une maladie différente, une maladie respiratoire différente des autres. Elle atteint le poumon profondément plutôt qu’en superficie, ce qui veut dire que les signes respiratoires sont très tardifs, juste avant la réanimation. 

Deuxièmement il faut pas que cette peur de cette épidémie qui semble avoir tout envahi finisse pas remplacer ce qui est la médecine habituelle, c’est à dire il faut soigner les gens, pas les laisser à la maison. Et d’ailleurs c’est qui vient d’être donnée à la fois en Islande et en Suède, où ils ont des taux de mortalité très bas, et ils mettent en priorité le fait qu’ils ont fait du soin. C’est à dire que si vous soigner les gens, même si vous n’avez pas le médicament précis qui permet de tuer virus, ils vont mieux à la fin. Il y a moins de morts.  

Nos taux de mortalité, dans les gens qui étaient hospitalisés à l’IHU, c’est de 0 8%. Alors si vous utilisez en plus le traitement dont on pense qu’il marche le mieux, vous diminuer encore cette mortalité en particulier chez les sujets les plus vulnérables. Mais déjà le fait de s’occuper des gens, de les traiter, de leur donner de l’oxygène quand ils en ont besoin, de les surveiller – là en l’occurrence il fallait leur donner des anticoagulants par ce que cette maladie donne des troubles de la coagulation –  d’observer au fur et à mesure, de soigner les gens. On peut pas, dans une épidémie, dire “on ne soigne pas les gens.” 

Donc je pense qu’il s’est mis en place quelque chose qui est très étonnant, c’est on ne soigne pas les gens, et ensuite on a interdit aux gens de prescrire des médicaments qui pourraient marcher, interdit aux médecins de le faire. Ce qui n’empêche pas les gens qui étaient les plus riches et les plus fortunés de trouver comment se soigner. Ce sont les plus pauvres, ceux qui n’avaient pas de réseaux, qui n’ont pas réussi à avoir les médicaments. 

Ces épidémies ne doivent pas faire de perdre les nerfs au point qu’on en oublie la médecine elle-même.  La médecine c’est s’occuper des malades, les soigner, les hospitaliser quand ils vont pas bien, leur corriger l’oxygène et au fur et à mesure de la connaissance, d’améliorer la qualité des soins. 

Pour les stratégies thérapeutiques tout ça a été rendu confus aussi parce qu’un grand projet d’évaluation scientifique, qui est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle on n’a pas voulu soigner les gens en attendant qu’il y ait un essai thérapeutique qui arrivent dont on connaîtra des résultats car il y aura plus personne qui sera malade, avec des molécules dont une avait très peu de chances de marcher. L’une était le lopinavir, qui d’ailleurs très rapidement on a vu qu’elle marchait pas. 

L’autre n’aurait probablement jamais pu être utilisés parce qu’elle n’est pas sur le marché,  elle ne pouvait probablement pas être produite en France, le remdesivir par Gilead, et de toute manière elle à une toxicité telle que dans 10 % des cas on est obligé de l’arrêter. Il n’y a toujours aucune évidence publiée que le remdesivir ait sauvé une seule vie. Donc il faut faire attention avant de se jeter dans des choses comme ça. 

En revanche, de l’autre côté, il ya maintenant des travaux qui s’accumulent qui viennent de Chine qui sont les seuls qui aient publié des très très larges séries avec nous maintenant, qui montrent que l’hydroxychloroquine permet de diminuer la charge virale, d’améliorer, d’éviter les passages en réanimation et d’augmenter l’espérance de vie avec dans une étude, on sauve 50% des gens dans la situation observée. Donc le seul médicament pour lequel il y a des évidences publiées dans des journaux avec des études que tout le monde semble privilégier, randomisés, c’est l’hydroxychloroquine, et les deux autres n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité. Jamais. Je sais maintenant que ce sont les journalistes qui font les analyses scientifiques, mais c’est pas comme ça. Voilà.

Ce que cela montrait aussi, cette crise, c’est que concernant l’organisation des soins, et peut-être que c’est une des raisons pour lesquelles ces décisions qui ont été prises, on a été incapable dans ce pays de développer les stratégies de tests systématiques qui ont été menées dans la plupart des pays. Pourtant c’est banal. Il ya plein de gens volontaires pour les faire. Il ya eu une tentative de monopoliser la capacité à diagnostiquer les gens, qui est très profondément anti-médicale. Il y a une vraie réflexion à avoir et à laquelle il faudra réfléchir à l’avenir parce que on ne peut pas dire: on ne soigne pas les gens. On peut pas interdire aux médecins de soigner. On ne peut pas empêcher les gens de faire du diagnostic en ayant les moyens de le faire. Il y a vraiment un travail à faire là dessus.  

Et enfin, dedans la vraie leçon, c’est que pour les nouvelles maladies il faut être prêt, il faut être rapide, il faut être organisé, et il faut avoir l’esprit ouvert, parce que cette maladie nous a appris une quantité de choses sur l’atteinte respiratoire, sur la coagulation.  Maintenant ce qu’on est en train de voir, et ce qu’il va falloir organiser, c’est l’existence de séquelles en particulier de fibrose, qui sont à un nombre qui est pas du tout négligeable. 

Nous, ce que nous allons faire maintenant, ce que nous sommes en train de faire maintenant, c’est faire un plan  pour détecter le plus tôt possible les gens qui vont faire des fibroses. Parce que à des stades précoces, il y a des thérapeutiques  qui peuvent être mises en place, et que compte tenu de la population considérable de gens qui ont été infectés et non diagnostiqués, je ne sais pas comment on pourra avoir accès à ces gens qui n’ont pas été diagnostiqués et qui ont fait cette maladie et qui vont peut-être évoluer vers la fibrose. 

Ceci est un autre point sur lequel il faudra certainement qu’il y ait une réflexion, pour savoir quelle est la meilleure stratégie, et j’espère qu’elle sera plus proche en tout cas de ce que je crois être la bonne manière de faire que ce que cela a été jusqu’à présent, puisque mes premiers conseils n’ont pas été suivis et n’ont pas eu beaucoup d’effets. 

Transcription: vous référer svp à la vidéo originale

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