Contrôle de l’épidémie de COVID-19: les leçons de la Corée du Sud

La Corée du Sud est souvent citée comme un exemple de juridiction – et il y en a très peu – où l’épidémie de COVID-19 a été maîtrisée avec succès.

Nous avons maintenant la chance qu’un rapport complet, également disponible en anglais, ait été publié à ce sujet. Il est intitulé «Comment la démocratie coréenne a-t-elle dompté Covid-19 ? Analysis et réçit – 10 janvier 2020-15 avril 2020 » et est écrit par François Amblard, physicien et biologiste, ancien directeur de recherche au CNRS et professeur à l’Institut national des sciences et technologies d’Ulsan, Institut sud-coréen des sciences fondamentales – CSLM.

Ci-dessous un graphique pour illustrer le succès sud-coréen, qui ne figure pas dans le rapport d’Amblard. Il a été produit en utilisant https://ourworldindata.org/ Il contraste les nouveaux cas confirmés par million d’habitants en Corée du Sud avec la France (un élément clé du rapport d’Amblard), le Canada (où se trouve l’auteur de ce blog et où l’expérience sud-coréenne est peu connue) et la Suède (pays parfois cité en exemple en raison de sa stratégie d’immunité collective). Le contraste est saisissant. L’épidémie a commencé beaucoup plus tôt en Corée du Sud, mais le nombre total de cas par million d’habitants est considérablement inférieur à celui des trois autres pays, où, contrairement à la Corée du Sud, le nombre total de cas confirmés continue d’augmenter substantiellement chaque jour.

L’auteur, François Amblard, originaire de France, fournit une revue complète de ce qui a amené la Corée du Sud à avoir une mortalité remarquablement faible, même si le pays a été frappé tôt, et assez fortement. Il insiste sur le fait que le succès sud-coréen « ne s’explique pas par les particularismes culturels ou politiques de ce pays lointain, mais par le fait qu’il était prêt à répondre « . Il considère plutôt que “les éléments de la solution coréenne sont parfaitement conformes à l’esprit originel de nos démocraties occidentales et au respect de la connaissance scientifique qui a porté le développement économique de l’Occident.” 

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“J’espère avoir livré une matière essentielle factuelle qui permettra au lecteur de neutraliser beaucoup d’idées fausses sur la Corée, et de préjugés qui éteignent souvent notre curiosité. Le succès coréen dans la lutte contre la pandémie ne s’explique pas par les particularismes culturels ou politiques de ce pays lointain, mais par le fait qu’il était prêt à répondre, avec des lois adaptées à une action cohérente et très rapide, avec une infrastructure sanitaire solide, et avec une industrie puissante. Mais ce n’est pas tout, car la mise en œuvre pratique de ces outils n’a réussi que par l’adhésion et la coopération massive de la société civile à l’ensemble des mesures sanitaires d’exception. Conformément à l’esprit démocratique, cette adhésion populaire et transpartisane fut d’autant plus naturelle et efficace que l’action pour l’intérêt général a été guidée par la connaissance médicale et scientifique, avec un cap fixe, et sous le commandement des professionnels de la santé. Les acteurs politiques ont également joué un rôle très important, qui sera analysé dans la seconde partie de ce rapport, à paraître sous peu. Les éléments de la solution coréenne sont parfaitement conformes à l’esprit originel de nos démocraties occidentales et au respect de la connaissance scientifique qui a porté le développement économique de l’Occident. Comment donc penser un instant qu’ils ne pourraient pas être transposés en France ? Pourquoi attendre plus longtemps pour mieux faire ?” 

Il s’agit d’un rapport complet, que toute personne intéressée par la pandémie devrait lire. Voici le résumé ci-dessous. Vous pouvez accéder à la partie 1 du rapport ici. La deuxième partie devrait être publiée sous peu.

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Résumé 

La Corée du Sud a endigué Covid-19 en plaçant son Korean Center for Disease Control (KCDC) au cœur de la réponse sanitaire de crise. Par la loi, le KCDC reçoit la mission de diriger la totalité des opérations sanitaires, et jouit pour cela de pouvoirs exécutifs d’exception, avec autorité sur la police et la justice pour les besoins de sa mission. L’ensemble des actions contre la pandémie (dépistage, traçage, isolement sanitaire hospitalisation, autorisations et agréements d’urgence…), mais aussi tous les outils administratifs et juridiques nécessaires, sont ainsi placés sous une direction unique. Cette remarquable cohésion a permis une réponse très rapide et vigoureuse. Enfin, placé actuellement sous la direction d’une professeure de médecine forte d’avoir lutté contre l’épidémie précédente, le KCDC jouit d’une autorité respectée de tous, car fondée sur la connaissance scientifique, l’expérience professionnelle, des actions et une communication quotidienne transparente. Etant perçu comme un organe politiquement indépendant, son action est restée hors du champ d’une critique politique et partisane vivace. La mise en œuvre, aussi rapide que massive, de la doctrine désormais bien connue de dépistage-traçage-isolement a été rendue possible par ce contexte juridique et politique original, sans oublier la mobilisation des industriels de la santé pour la conception des tests, approuvés sur le marché le 4 février, soit 14 jours avant l’explosion coréenne de Covid-19. Le traçage des personnes ne concerne que les individus avérés porteurs ; il est strictement rétrospectif et ne concerne que les deux semaines précédant le test. En dehors du suivi sanitaire téléphonique biquotidien, sans GPS, de toute personne positive pendant deux semaines d’isolement, il n’existe aucune procédure de traçage, ni particulière, ni générale. La base de données, hébergée en dehors du gouvernement, est soumise à un strict contrôle d’accès ; toute demande d’information est enregistrée et elle sera détruite à la fin de la crise Covid-19. Ce 15 avril 2020, jour d’élections législatives sous haute protection sanitaire, aucune levée des mesures en vigueur n’a été annoncée. Le système scolaire est fermé en totalité, et les cours passent graduellement en ligne ou la télévision. Aucune ré-ouverture d’école n’est à l’ordre du jour, et des dizaines de milliers de tablettes numériques ont été données aux enfants de familles n’ayant pas d’accès à internet. Aussi longtemps que nous n’aurons ni vaccin ni thérapie, le KCDC conservera son rôle de pilote et ses pouvoirs d’exception. Pour préparer cette période d’attente, le gouvernement coréen collabore avec la société civile et le monde de l’éducation afin d’imaginer un modus vivendi consensuel temporaire plus acceptable, mais sans compromis avec la doctrine anti-Covid-19. 

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Le texte qui suit est le récit du vécu de l’épidémie en Corée du Sud. À partir de documents de première main et de témoignages recueillis sur place, il propose une analyse approfondie des aspects épidémiologiques, juridiques et médicaux de lutte contre Covid-19, ainsi que des perspectives de « sortie ». L’auteur est un chercheur français physicien et biologiste qui, après ses travaux à l’Institut Curie (Paris), poursuit ses recherches depuis près de cinq ans dans une université publique coréenne. 

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