Le Serment d’Hippocrate et le COVID-19: Point de Vue du Dr Klaus Schustereder

Ceci est un article invité signé par le Dr Klaus Schustereder, un médecin spécialisé en médecine interne générale, qui travaille en Suisse. Le Dr Schustereder possède une vaste expérience médicale, tant en Europe qu’en Afrique. Il traite le COVID-19 en ambulatoire, depuis son cabinet de Vevey, dans la région de Montreux.  https://cmgv.ch/en/ (version originale en anglais)


Le gros avantage que j’ai eu dans ma carrière est que j’ai moi-même été malade plusieurs fois. J’ai eu le paludisme 13 fois. Avec le recul, c’était un cadeau. En 2005, je suis allé en République centrafricaine. C’ est une expérience fantastique d’être à la fois le médecin et le patient. Le paludisme tue environ 1,5 million de personnes chaque année. Il y a environ 1 milliard d’épisodes de paludisme chaque année. On nous dit que le COVID-19 a tué environ 2,3 millions à ce jour. La plupart des personnes décédées ont plus de 75 ans. Beaucoup (Dieu sait combien) ont été testés positifs pour le COVID-19, mais en fait sont morts de quelque chose de différent.

Ayant été en contact avec la réalité africaine très tôt dans ma carrière et ayant constaté l’énorme besoin d’un traitement simple, sûr, efficace et bon marché, j’ai toujours été ouvert aux approches thérapeutiques indépendamment de tout paradigme / idéologie / vision du monde. L’Afrique m’a transformé en une personne ouverte d’esprit qui a appris à évaluer les patients simplement en observant, écoutant et examinant avec mes mains. La brousse africaine était la meilleure école de médecine que je pouvais trouver. Chaque fois que j’avais le paludisme, je recevais le meilleur enseignement sur les maladies infectieuses. 

Il n’y a pas eu une seule seconde où je refuserais de traiter les patients COVID-19 par l’hydroxychloroquine. Pourquoi refuserais-je un médicament qui a été étudié par l’une des autorités mondiales dans le domaine des maladies infectieuses (le Professeur Raoult à Marseille)? Pourquoi refuserais-je un traitement bon marché et que le monde médical connaît depuis plus de 5 décennies? Pourquoi ne pas prescrire un médicament que je connais très bien et ainsi essayer de soulager mon patient? C’est ce que je suis censé faire! C’est pourquoi j’ai fréquenté l’école de médecine. 

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J’adore voir les gens s’améliorer dans leur santé. Il se passe quelque chose de très spécial entre le patient et une infirmière ou un médecin lorsque le patient s’améliore. Je suppose qu’aucune autre profession n’a cela. Il se développe un niveau de confiance et un sens particulier du développement de la relation. Lorsqu’une personne prend soin d’une autre personne qui souffre, quelque chose de très unique émerge entre ces deux personnes. C’est quelque chose de très beau. Une personne qui prend soin d’une autre personne de manière intelligente, emphatique et vraiment engagée, avec une démarche venant de notre cœur, est particulièrement humaine. Je dirais aussi: NE PAS LE FAIRE EST INHUMAIN !!!

Toute ma démarche médicale dans ma clinique ( www.cmgv.ch – je dirige une clinique ambulatoire en Suisse romande) est orientée vers le déclenchement de l’évolution thérapeutique des personnes qui viennent nous voir. C’est le patient d’abord qui prime, indépendamment des paradigmes / visions du monde / etc. Bien sûr, nous suivons également les directives, les recommandations nationales. Cependant, nous essayons d’ajouter autant de valeur que possible au bénéfice de nos patients, tant que l’approche est légale. Les patients eux-mêmes doivent constater qu’ils se sentent mieux.

Je veux comprendre autant que possible mes patients. J’essaie de me mettre le plus possible à leur place. Jamais je n’oublierai que j’ai été à leur place (étant le patient) encore et encore, quand j’ai eu le paludisme. Je sais ce que signifie être très malade, être incapable de marcher quelques mètres, trembler toute la nuit avec de la fièvre, vomir comme un fou, etc. 

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Lorsque le COVID-19 est arrivé et que j’ai examiné ce qui se passe dans les pays africains et dans le monde occidental, j’ai vu encore plus clairement ce que j’ai constaté lorsque je suis revenu en Europe après presque 3 ans en Afrique. Le monde médical en Occident est paralysé. Nous ne pouvons traiter personne tant qu’un traitement n’est pas clairement défini dans les recommandations nationales, et même dans la recommandation nationale américaine. 

Avec une telle approche, nous devons attendre la fin de l’épidémie, car nous n’avons pas prouvé qu’un traitement s’est avéré efficace dans un essai clinique randomisé en double aveugle. Cela signifie que nous renvoyons le patient à la maison en lui disant: au cas où vous iriez moins bien, allez à l’hôpital. Aucun problème juridique ici pour le médecin. Cependant, il y a clairement un problème éthique! Un gros problème éthique même!

La jeune génération de médecins – disons ceux qui ont moins de 40 ans – est éduquée avec un état d’esprit qui leur dit essentiellement: votre expérience clinique (de première main) n’est pas d’une grande importance. Il vous suffit d’exécuter ce qui a été conclu à partir de grands essais de recherche clinique. 

Je crois que chaque médecin, chaque infirmière devrait apprendre à faire confiance à ses yeux, à ses observations, à ses mains en premier lieu. Je ne dis pas que nous devrions ignorer la recherche sur les grandes données cliniques, mais nous devons d’abord faire confiance à nos propres sens! 

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J’ai dû apprendre à me faire confiance en fonction de ce que je vois et observe en premier lieu. Au départ, je n’osais pas trop en parler parce que je pensais que mes collègues penseraient que je suis fou. Mais c’était un signe d’immaturité de mon côté. J’ai dû grandir en tant qu’être humain, en tant qu’homme, en tant que père et en tant que médecin pour oser parler de ce que je vivais. C’est une sensation formidable quand vous osez dire ce que vous pensez parce que parler de ce que nous pensons réellement nous façonne. Ce processus a fait de moi une personne qui pense et agit de façon indépendante, pour le bien des patients, qui me font confiance et viennent me voir au travail.

Si nous voyons les choses dans une telle perspective, je pense qu’il conviendrait que les professionnels de la santé évoluent sur le plan personnel. Je peux voir où cela peut nous mener. Ceux qui font une différence aujourd’hui sont ces collègues qui ont du courage et qui travaillent avec passion en première ligne. Ils sont prêts à prendre des risques parce qu’ils savent au plus profond d’eux-mêmes qu’ils agissent comme il se faut.

Klaus Schustereder, MD 


Remarque: Nous aimerions publier des perspectives supplémentaires de médecins sur cette question cruciale; vous êtes le bienvenu pour nous faire part de votre propre point de vue sur votre serment d’Hippocrate dans le contexte de la pandémie.

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