Effectivité du traitement hydroxychloroquine /azithromycine pour traiter le COVID-19 : une mise à jour

par Jacques Pollini, PhD, Université de McGill

Dans un post précédent j’ai raconté, avec une métaphore afin de rendre le débat plus concret, la chronologie des études et observations qui ont conduit des milliers de médecins partout dans le monde à traiter les patients COVID non hospitalisés, avec de l’hydroxychloroquine (HCQ), de l’azithromycine (AZI), ou une combinaison de ces molécules, afin d’éviter l’aggravation des symptômes et réduire le taux d’hospitalisation.

De nouvelles études sont parues depuis. Elles renforcent le niveau de preuve en faveur de ces traitements et montrent que ces molécules seraient également efficaces sur des patients plus sévères en milieu hospitaliers. Les voici brièvement présentées. 

L’étude observationnelle des patients du Docteur Zelenko à New York

Tout d’abord, il y a une étude (Scholz et al), non publiée mais disponible en pre-print, portant sur les patients du Dr Zelenko à New York, en milieu non hospitalier. Cette étude montre que parmi 141 patients COVID traités avec la combinaison hydroxychloroquine/azithromycine/zinc (CCQ/AZI/Zn), 2.8% sont ensuite hospitalisés et 0.7% décèdent, contre 15.4 et 3.8% dans un groupe témoin de 377 patients. Aucun effet secondaire cardiaque n’a été observé. 

Cette étude présente des avantages par rapport aux études précédentes, réalisées à l’IHU Marseille et au Brésil et revues dans le post précédent. Le Dr Zelenko n’a traité que des patients jugés à risque. Des patients jeunes, sans ou à faibles symptômes, qui auraient possiblement « guéri tout seul », n’ont pas été inclus dans la cohorte de patients traités. Et contrairement à l’étude brésilienne, seul des patients testés positifs ont été inclus dans la cohorte étudiée par Scholz et al. 

L’étude observationnelle finale de l’IHU Marseille

La deuxième étude (Lagier et al 2020) a été récemment publiée par l’équipe du Professeur Raoult à l’IHU Marseille. Elle prend la suite de trois autres (voir précédent post) et porte sur 3737 patients. 

L’analyse statistique (régression multiple), en contrôlant l’effet d’autres variables, montre que le taux de décès en utilisant le traitement HCQ/AZI est 41 à 49% de ce qu’il serait sans le traitement (selon la méthode statistique utilisée), tandis que le taux d’hospitalisations est 38% de ce qu’il serait sans traitement. L’HCQ/AZI divise donc au moins par deux les taux de décès et d’hospitalisation. 

Vu que d’autres études ont montré que l’AZI ou l’HCQ seule ont également un effet positif, on peut regretter que l’analyse ne distingue pas les patients recevant une seule de ces molécules, qui sont inclus dans le groupe témoin dont ils constituent 238 patients sur 618. Si le témoin ne comprenait que des patients n’ayant reçu ni ACQ ni AZI, les différences seraient d’ailleurs probablement plus significatives.

Un autre chiffre important à considérer est le taux de décès de 1.1% sur l’ensemble des 3737 patients, avec zéro décès parmi les moins de 60 ans et seulement 2 décès parmi les moins de 70 ans. Ces chiffres reflètent l’efficacité de l’approche thérapeutique appliquée sur l’ensemble des malades, pas de manière normative mais en tenant compte du profil de chacun et également du refus de certains de prendre le traitement proposé. 

>>  Le récit de la pandémie par le Dr Brian Tyson, d'El Centro en Californie

Il faut comparer ces taux avec les données disponibles sur l’ensemble de la population française : 17.6% des cas confirmés de COVID en France sont décédés (d‘après les données gouvernementales) et les moins de 60 ans ne sont pas épargnés. 

Certes, l’IHU a testé à plus grande échelle, ce qui fait forcement baisser le taux de mortalité. Mais cela suffit-il à expliquer un tel écart ? L’Allemagne, qui a testé à grande échelle, a un taux de décès/positifs de 4.5% (voir sur ce site).

On peut suspecter que l’IHU a admis les patients les moins graves (9.1% de leurs patients sont asymptomatiques), ce qui est cohérent avec le fait que son traitement a surtout vocation à traiter les patients en début de maladie. Mais encore une fois, cela suffit-il à justifier de tels écarts, et notamment l’absence de mortalité parmi les moins de 60 ans ? 

En outre, un patient grave est très souvent un patient qui n’a pas été traité immédiatement, ce qui signifie que le taux de mortalité de 1.1% pourrait être extrapolable aux patients graves, s’ils avaient été traités dès les premiers symptômes au lieu de retourner chez eux avec du paracétamol. 

Enfin, dernier chiffre, si l’on ne considère que les 673 patients hospitalisés parmi les 3737 de la cohorte IHU, le taux de décès est de 5%, donc très au-dessous du taux de 22.8% mesuré sur les hospitalisés dans toute la France d’après les données gouvernementales. Il est même très en dessous du taux de décès de 17.6% mesuré sur tous les testés positifs en France, hospitalisés ou non.

Les autres études observationnelles en préparation

A côté de ces études fortement médiatisées, de nombreux médecins français explorent diverses options thérapeutiques. Leur travail présente l’avantage d’ouvrir le débat, évitant une focalisation excessive sur l’hydroxychloroquine. Ils échangent leur expérience sur les réseaux sociaux mais doivent se montrer prudents, ayant reçu des mises en garde

Une étude sur 700 patients, réalisée par 4 médecins du Grand Est, serait toutefois en cours de préparations. Une synthèse de ces travaux et de nombreuses autres études observationnelles réalisées dans des conditions difficiles, sur le « champ de bataille », est maintenant disponible. Elle confirme que la COVID est une maladie qui se traite, même si les traitements ne sont pas efficaces à 100%.

L’étude sur les patients COVID traités par l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP)

>>  Le récit de la pandémie par le Dr Brian Tyson, d'El Centro en Californie

Une étude, (Sbidian et al 2020), non publiée mais disponible en pre-print, a mesuré l’effet des traitements HCQ et HCQ/AZI sur un échantillon de 4642 patients COVID traités dans 39 hôpitaux de l’AP-HP en France. Elle montre un taux de retour à la maison plus élevé pour les patients traités avec l’HCQ, mais pas ceux traités avec la combinaison HCQ/AZI. Elle conclue aussi, comme d’autres auparavant revues dans le post précédent, que ces traitements ne réduisent pas le risque de mortalité, voire l’augmentent dans le cas du traitement HCQ/AZI. 

Comme pour les études précédentes, on ne sait pas si les patients se sont aggravés entre le moment de la récolte des données Baseline et la décision d’administrer le traitement. Si une telle aggravation a eu lieu et si elle a motivé la décision de donner l’HCQ, ce qui serait cohérent avec les recommandations nationales d’utiliser cette molécule à titre compassionnel, les résultats pourraient en partie s’expliquer par une causalité inverse : les patients auraient reçu le traitement parce qu’ils mouraient, ce que l’analyse statistique ne pourrait montrer puisqu’elle se base sur des données Baseline qui, dans un nombre de cas non indiqué dans l’article, ont sans doute été récoltées au moment de l’admission et donc avant l’aggravation. Et le traitement ne pouvait pas les sauver car on sait qu’il n’est pas efficace au moment de l’orage de cytokine, qui est le dernier stade de la maladie.

Deux études réalisées aux USA dans des hôpitaux des villes de Detroit et New York 

Deux autres études, qui mesurent également l’effet de l’hydroxychloroquine et l’azithromycine sur des patients COVID hospitalisés, ont le mérite de ne pas présenter ce biais potentiel lié à un usage compassionnel de l’HCQ. Elles confirment les résultats d’une études précédente, réalisée à l’hôpital de Garches et revue dans le précédent post, qui a montré un effet positif de l’HCQ et l’AZI. 

La première (Arshad et al 2020), publiée le 1er juillet, a été conduite sur 2541 patients du réseau des hôpitaux Henry Ford de la ville de Detroit aux USA, qui ont adopté un standard de soin commun dans lequel l’HCQ est administrée aussitôt que possible sur les patients éligibles, pas en usage compassionnel. L’analyse statistique (régression multiple) permet aux auteurs d’affirmer que le traitement réduit le taux de décès de 71%, l’hydroxychloroquine seule se montrant également efficace avec une diminution de 66% (ou de 51% si l’on ne considère que des paires de patients exactement équivalents). Le traitement était généralement administré moins de 48 heures après admission. Aucun effet secondaire cardiaque sérieux n’a été observé.

Les auteurs soulignent que le traitement n’est probablement pas efficace aux stades ultimes de la maladie, lorsque survient l’ « orage de cytokine », ce qui pourrait expliquer les différences entre leurs conclusions et celles d’autres études. 

>>  Le récit de la pandémie par le Dr Brian Tyson, d'El Centro en Californie

La deuxième étude (Mikami et al 2020), publiée le 30 juin, utilise une méthodologie similaire pour étudier les facteurs augmentant ou diminuant la mortalité parmi 6493 patients (dont 3708 hospitalisés) suivis par un réseau de huit hôpitaux de la ville de New York. Elle montre également que l’utilisation de l’hydroxychloroquine divise par deux environ le taux de décès parmi les patients hospitalisés. 

L’article inclue des données relatives au délai entre admission et démarrage du traitement, montrant que ce délai est très court (en général moins d’un jour) dans le cas de l’HCQ, ce qui exclut un usage compassionnel en cas d’aggravation. 

Conclusion

De nouvelles séries de patients, en France et aux USA, sont donc disponibles et confirment les résultats positifs obtenus par des traitements à base d’hydroxychloroquine et d’azithromycine pour traiter les patients COVID hors milieu hospitalier, dès les premiers symptômes de la maladie. Nous disposons en outre de trois études (les deux réalisées aux USA revues ci-dessus et celle réalisée à l’hôpital de Garches en France), montrant que ces traitements réduisent significativement le taux de décès des patients atteints de COVID et hospitalisés. L’étude de l’AP-HP revue ci-dessus, et celles revues dans mon précédent post et réalisées à Manaus au Brésil, dans des hôpitaux de New York, et dans le réseau des hôpitaux pour vétéran aux USA, ne contredisent pas ces résultats puisqu’elles portent sur un mélange de patients comprenant des cas plus graves, au stade cytokinique, avec probablement une utilisation compassionnelle de l’HCQ puisque telle était souvent la recommandation gouvernementale.

Ainsi les traitements à base de HCQ et AZI sont aujourd’hui le « standard of care » pour un grand nombre de médecins et dans un nombre croissant de centres de soin partout dans le monde, pour les patients COVID symptomatiques avant hospitalisation. Ils pourraient rapidement le devenir dans le cas des patients hospitalisés non sévères. Dans certains pays, ces traitements sont d’ailleurs déjà adoptés à large échelle, notamment en Grèce, en Turquie, en Inde, au Brésil, au Sénégal, au Maroc et en Algérie.

Ressources supplémentaires :

Pour ceux qui souhaitent approfondir, mentionnons que quatre livres sont déjà sorties sur le sujet (que je n’ai pas encore lus):

https://livre.fnac.com/a14703915/Christian-Perronne-Y-a-t-il-une-erreur-qu-ils-n-ont-pas-commise

https://livre.fnac.com/a14734549/Jean-Dominique-Michel-Covid-anatomie-d-une-crise-sanitaire#omnsearchpos=1

https://livre.fnac.com/a14868888/Docteur-Jean-Jacques-Erbstein-Je-ne-pouvais-pas-les-laisser-mourir

https://www.lyonmag.com/article/108885/guy-courtois-8220-didier-raoult-avait-raison-sur-90-des-points-8221


Article original du 6 Juin 2020.

(Visited 319 times, 240 visits today)