Gestion du COVID-19 au Nouveau-Brunswick: Première Étape Franchie avec Succès

Quand on la compare à son voisin le Québec, la Province du Nouveau Brunswick montre des résultats extraordinaires dans sa lutte contre le COVID-19. 

A ce jour, il y a eu 118 cas de COVID-19 au Nouveau Brunswick, et 112 d’entre-eux, soit 95% ont été déclarés avoir récupéré. Il n’y a eu aucun mort.

Le Québec quant à lui en est à 24,982 cas. Seulement 5,517 (soit 22%) ont été déclarés rétablis, et il y a eu déjà 1599 décès. 

Bien entendu, le Québec à une population environ dix fois supérieure en nombre que le Nouveau Brunswick: 8.48 millions c. 0.78 million.

Le nombre de cas y est toutefois 212 fois plus élevé, donc par habitant, c’est environ 20 fois plus au Québec qu’au Nouveau Brunswick.

Au Nouveau-Brunswick, il n’y a aucun cas d’éclosion au niveau des résidences de personnes âgées, alors que de telles éclosions font rage au Québec, avec déjà une multitude de décès à déplorer et une véritable crise dans la gestion de ces résidences.

A noter que la province voisine de la Nouvelle-Écosse, d’une population comparable à celle du Nouveau-Brunswick, avec 0.97 million d’habitants, a déjà 24 morts, pour un total de 900 cas, dont 509 sont rétablis.

https://ici.radio-canada.ca/info/2020/coronavirus-covid-19-pandemie-cas-carte-maladie-symptomes-propagation/index.html

Divers éléments de type démographique et géographique expliquent la faible emprise de la pandémie au Nouveau Brunswick, notamment peu de centres urbains d’envergure, une faible densité de population, un aéroport international avec beaucoup moins de traffic que celui de Montréal.

Mais il y a aussi un facteur essentiel qu’il importe de souligner: des mesures efficaces pro-actives de la part du gouvernement, qui fait preuve d’une prudence exemplaire même aujourd’hui, alors que la situation sanitaire relative au COVID-19 est clairement sous contrôle dans la province.

A ce jour, la province n’a enregistré aucun décès et il ne reste qu’une poignée de cas “actifs” – c’est à dire de personnes malades, non-encore guéries. Aucune d’entre-elles est en réanimation.

Le communiqué de presse gouvernemental d’hier, le 27 Avril, est édifiant. En voici quelques extraits.

“Pour une neuvième journée consécutive, la Santé publique n’a rapporté aucun nouveau cas de COVID-19.”

“Il y a 118 cas confirmés au Nouveau-Brunswick, dont six cas actifs, et 112 personnes se sont rétablies. Trois patients demeurent hospitalisés, et aucun d’entre eux ne se trouve à l’unité des soins intensifs.”

“La médecin-hygiéniste en chef, la Dre Jennifer Russell, a indiqué que les résultats des tests demeurent encourageants, mais que c’est la capacité du Nouveau-Brunswick à gérer de nouvelles éclosions qui permettra de mesurer le véritable succès face au virus de la COVID-19.”

Certaines mesures restrictives sont maintenant assouplies, mais la prudence continue à régner. 

“Les familles peuvent maintenant visiter un autre ménage. Les deux ménages doivent convenir mutuellement de ne visiter personne d’autre qu’eux. Les gens doivent limiter leurs rassemblements à ces deux ménages uniquement.”

“Les terrains de golf, les terrains d’entraînement pour le golf, les plages et les parcs peuvent maintenant ouvrir, tant et aussi longtemps que des mesures de distanciation physique et de sécurité sont en place. Tous les terrains de jeux demeurent fermés, y compris ceux situés dans les parcs municipaux, les parcs provinciaux et les cours d’école.”

>>  Le récit de la pandémie par le Dr Brian Tyson, d'El Centro en Californie

“Les sports d’équipe, les rassemblements de motocyclistes et tout rassemblement de véhicules sont encore interdits pour l’instant.”

https://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/nouvelles/communique.2020.04.0231.html

On constate donc une grande prudence au niveau des autorités, alors qu’il n’y a plus eu de nouveaux cas depuis 9 jours, et que seules 6 personnes, toutes traitées et dont la vie est hors de danger, sont encore positives.

Quant aux écoles au Nouveau-Brunswick, elles demeureront fermées, et il n’a pas de plan de ré-ouverture avant la rentrée 2020-2021. 

La province s’est engagée toutefois dans un vaste programme d’apprentissage en ligne. Il encourage même les élèves du secondaire, en 12e année, qui le souhaitent, à entamer plus tôt leurs études post-secondaires en s’inscrivant à des cours à distance offerts durant les trimestres du printemps et d’été.

« Même si les écoles de la province sont fermées, nous sommes déterminés à aider les élèves à poursuivre leurs études », a déclaré le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy.

https://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/nouvelles/communique.2020.04.0232.html

Le ministre Dominic Cardy (en photo) a en fait joué un rôle majeur dans la gestion de la crise du COVID-19 au Nouveau-Brunswick. Très tôt, il a mené des analyses et préparé un mémorandum détaillé de 19 pages, transmis le 24 Février à ses collègues au gouvernement, pour proposer un ensemble de mesures à prendre au niveau de la province.

En parallèle, le Ministre Cardy et son département étaient déjà en train de préparer les fermetures d’école. Une décision controversée mais excessivement importante fut d’imposer une quarantaine de 14 jours au retour de la semaine de relâche finissant le 8 Mars. 

Il était déjà bien compris que ce n’était pas une question de si, mais de quand, la pandémie sévirait dans la province. D’ailleurs, en Colombie Britannique, où le virus a sévi plus tôt, la décision de fermer les écoles date du 17 Mars.

https://www.theglobeandmail.com/canada/british-columbia/article-bc-closes-schools-in-wake-of-virus-outbreak/

Au Nouveau-Brunswick, la quarantaine était obligatoire pour tous les élèves ayant séjourné hors de la province, y compris ceux revenant de voyages à l’étranger, qu’ils soient symptomatiques ou non.

Au Québec, une telle mesure ne fut pas prise, les jeunes sont rentrés à l’école avec pour principale mesure de se laver les mains … et on sait déjà que de nombreux cas d’éclosions, qui ont créé la situation de crise sanitaire d’aujourd’hui, sont liés à des retours de voyages durant la semaine de relâche, d’Italie notamment.

La sagesse, la prudence du Ministre Cardy et du gouvernement du Nouveau-Brunswick sont soulignées par le spécialiste en maladies infectieuses et en épidémiologie de l’Université de Toronto, Colin Furness PhD.

“C’était extrêmement sage, extrêmement prudent — Les enfants à l’école constituent un moyen puissant de propager les infections.”

Colin Furness, PhD

https://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/new-brunswick-covid-19-1.5545241

On notera ici qu’au Québec, où la pandémie fait rage et est très loin d’être sous contrôle – 875 nouveaux cas en une seule journée hier le 28 Avril -, le gouvernement s’apprête à réouvrir les écoles maternelles et primaires les 11 et 19 mai, c’est à dire dans juste 2 ou 3 semaines. 

>>  Le Professeur Raoult et l'IHU-Marseille se voient refuser une Recommandation temporaire d’utilisation de l’hydroxychloroquine

Le premier ministre du Québec prétend: “On est en voie de gagner cette première bataille contre la propagation du virus dans la communauté,” une affirmation clairement détachée de la réalité de la pandémie qui fait rage dans la province.

Au Québec, juste hier, selon les statistiques officielles, le nombre de décès augmentait en une seule journée de 84 personnes, soit 5.5%.

https://www.quebec.ca/premier-ministre/actualites/detail/reouverture-graduelle-des-ecoles-et-des-services-de-garde-le-mot-d-ordre-sera-la-prudence/

Selon le soussigné, cette décision du gouvernement provincial québécois de ré-ouvrir les écoles est totalement irresponsable. On ne va pas habiter une maison en feu. Et même sur le plan éducatif, cela n’a pas de sens, puisque l’année scolaire est presque terminée.

Pour en revenir au Nouveau-Brunswick, il faut souligner le travail considérable qui a été fait sur le plan du dépistage.

Dès le 11 février, la province s’est dotée d’une capacité de 300 à 600 tests par jour, ceci en avance sur de nombreuses juridictions.

A ce jour, le Laboratoire  national de microbiologie a effectué plus de 25 000 tests, avec résultats typiquement fournis endéans 24 heures. 

Par la suite, en avril, des appareils pour tests rapides, de type GeneXpert, ont été déployés au niveau de la province. Ces appareils, de moindre capacité, fournissent un résultat en juste 45 minutes.

En pratique, les personnes qui suspectent d’avoir attrapé le virus appellent la ligne de Télé Santé au 811, et sont de suite référés à une clinique pour un test. Les patients peuvent aussi être référés rapidement via une réquisition télécopiée vers la clinique de dépistage par leur médecin de famille ou une infirmière praticienne. Un médecin est attitré aux cliniques. 

Le résultat du test est communiqué par téléphone mais est aussi accessible en ligne, au travers d’une code communiqué au moment du test.

Les message des autorités étaient clairs: en cas de symptômes, contacter Télé Santé et se faire tester.  En cas de test positif, la personne est très rapidement contactée et prise en charge sur le plan médical.

Vers la mi-mars, des discussions entre médecins, pharmaciens, responsables des deux réseaux de santé et fonctionnaires gouvernementaux, ont également conclu sur l’importance de traiter la maladie tôt, selon un dispositif inspiré des travaux du Professeur Didier Raoult en France.

Nous avons couvert le 3 Avril l’annonce du Nouveau Brunswick en matière de traitement précoce à base d’hydroxychloroquine.

Qu’en est il de l’utilisation de ce traitement? Nous avons parlé pour cela au Dr Gabriel Girouard,  le médecin spécialiste en maladies infectieuses et en microbiologie médicale au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont de Moncton. Il travaille aussi au Centre de référence diagnostique de virologie de la province.

Le Dr Girouard a indiqué que le programme a bien été mis en place, et que plusieurs patients sont maintenant inscrits dans un registre provincial et qu’ils font  partie d’une étude observationnelle.

>>  Choisissez la Vérité et Choisissez la Vie - par le Dr Vladimir Zev Zelenko

Peu de patients ont toutefois été traités selon cette thérapie en raison du nombre très limité de cas sur le territoire, et du fait qu’ils ne rencontraient souvent pas les critères de traitement liés à des facteurs de risque tels que l’âge (50 ans et plus), présence de comorbidités, ou évolution clinique défavorable.

Moins d’une dizaine de patients auraient été traités avec de l’hydroxychloroquine au Nouveau-Brunswick depuis le début de l’éclosion. Mais la province était prête à traiter ainsi beaucoup plus de cas, si cela avait été nécessaire.

Le Nouveau Brunswick a peut être eu de la chance, a des agglomérations urbaines moins denses qu’au Québec, et aussi beaucoup moins de traffic aérien international.

Mais il faut absolument souligner le travail remarquable, sur le plan de la gouvernance de la pandémie, qui a été effectué, et continue d’être effectué.

La grande question que tout le monde se pose évidemment est relative au futur. 

Avec le très faible nombre de cas au Nouveau-Brunswick, il n’y a aucune immunité de groupe au niveau de la population, et il n’y en aura pas à l’avenir non plus.

En fait, et conformément à diverses études faites dans plusieurs endroits de la planète, notamment en Islande et en Suisse, on constate qu’une proportion faible de la population, peut être de quelques pour-cents, a généralement été exposée au virus.

En d’autres termes, la grande majorité de la population n’est pas immunisée et reste vulnérable à de nouvelles infections, qui pourront resurgir à tout moment, surtout une fois que les restrictions, aux voyages notamment, seront assouplies.

Le Nouveau-Brunswick s’engage de manière très prudente vers un assouplissement des restrictions. Et le défi devant lui va être de gérer les nouvelles infections, qui tôt ou tard surgiront.

Dans ce contexte, les dispositifs exemplaires en place, notamment en matière de tests rapides, de prise en charge immédiate des patients, et d’intervention hâtive par traitement précoce de la maladie, seront certainement essentiels à l’avenir.

Le défi est en effet de gérer le virus à moyen terme, pour éviter toute deuxième vague d’une quelconque ampleur, tout en gérant un retour progressif vers une vie économique et sociale normale.

Le monde aurait probablement grand intérêt à prêter attention à ce que fait le Nouveau-Brunswick, non seulement pour ses succès remarquables jusqu’à aujourd’hui, mais aussi pour ce qui s’en vient.

Si l’on constate déjà une régression de la pandémie dans nombre de régions de par le monde, la bonne gestion des ré-infections est en effet ce qui déterminera le succès à moyen et long terme dans la lutte contre le COVID-19.


L’auteur, Jean-Pierre Kiekens, est analyste indépendant et ancien chargé de cours universitaire à l’Université Libre de Bruxelles. Il est diplômé des universités de Bruxelles et Oxford.

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